Gaëtan Bernoville
Monseigneur Jarosseau
et la Mission des Gallas

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Le champ d’apostolat
du Père André

(1838-1881)

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II

Les éclaireurs:
Antoine et Arnauld d’Abbadie d’Arrast

Si la première mission catholique des temps modernes, fondée en Ethiopie et qui d’ailleurs fut aussi la première vraiment organisée, a été décidée par la Congrégation romaine de la Propagande, c’est grâce aux deux frères d’Abbadie d’Arrast, Antoine et Arnauld.

Ces étonnants pionniers sont des Basques. La souche de la famille paternelle est Arrast, en Soûle, une des trois provinces françaises du pays basque. Avant la Révolution, Arrast et les terres environnantes étaient un fief des d’Abbadie, qui en furent les « abbés laïques », de père en fils. A ce titre, ils avaient prérogatives non seulement laïques, mais religieuses, ayant même, sur leurs terres, le privilège de nommer ou déposer les curés. Le père d’Antoine et d’Arnauld, Michel, avait pris la suite; la secousse révolutionnaire le déboulonna, à dix-huit ans, de l’ancestrale résidence abbatiale. Alors commença l’errance, une errance féconde. Le Basque aime sa demeure et son pays; il y mène une vie bien ordonnée, selon le rythme qui lui plaît. Mais quand il bouge, il bouge bien.

Une des escales de Michel fut Dublin. Il y fit fortune et même très belle fortune, mais il fit mieux en épousant Elisabeth Thomson of Park, une jeune fille irlandaise, d’intelligence remarquable, très cultivée et de foi pro- /38/ fonde. De nature dominatrice aussi; elle s’affirma, quand deux garçons vinrent peupler le foyer, une éducatrice de premier rang, aussi redoutée qu’aimée, qui ne se perdait pas en effusions, mais excellait à développer la virilité des caractères et à donner à la formation chrétienne un tour intelligent et de robustes racines.

On voit bien ce qu’Antoine et Arnauld, devenus des jeunes gens, durent à leur aïeux lointains, à leur race et à leurs parents. De Michel, leur père, et de leur atavisme, ils tenaient le goût de l’aventure; ils en tenaient aussi le sens de l’adaptation dans l’émigration. A leur mère — encore que Michel n’y fût pas étranger — ils devaient l’ardeur, poussée au prosélytisme, de leurs sentiments chrétiens, la vertu de force dans les péripéties difficiles de la vie. Le rôle, séculairement tenu par leurs ancêtres, dans le fief d’Arrast, les disposaient héréditairement à la noble fonction de mainteneurs et de propagateurs de la foi.

De fait, quand Arnauld d’Abbadie, alors âgé de vingt-trois ans, décida d’aller repérer les sources du Nil, présumées en territoire éthiopien, il emmena avec lui non seulement son frère Antoine, de cinq ans plus âgé que lui — ainsi qu’un Anglais de rencontre, M. Richards, et deux domestiques, l’un basque, l’autre égyptien — mais aussi un prêtre piémontais, le Père Sapeto. Or que souhaitait le Père Sapeto, en se joignant à eux? Jeter, en Haute-Ethiopie, le germe d’une nouvelle mission catholique. Il n’ignorait pas que, depuis deux siècles, les lois y interdisaient l’entrée d’un missionnaire de l’église romaine. Que lui importait? Il ambitionnait le martyre, semence de chrétiens. C’est précisément ce dessein qui séduisit Arnauld. Il accepta d’enthousiasme ce compagnon inattendu.

Terre de mystère alors, si jamais il en fût, que les hauts-plateaux éthiopiens. Leur situation géographique /39/ elle-même, la configuration du sol les vouaient à un superbe isolement. Ils s’élèvent à une hauteur moyenne de 1.500 mètres, et des chaînes de montagnes au dessin tourmenté les dominent, se haussant à 3.000 mètres et davantage. A l’est et au sud-est, les déserts du pays des Danakils, de la Somalie, de l’Ogaden s’étendent en no man’s land farouche. Au sud, c’est le Kenya; à l’ouest, c’est le Soudan; au nord, l’Erythrée joue le rôle d’une marche, d’un pays d’avant-garde.

Il n’est pas jusqu’aux origines des Abyssins, enveloppées d’une fastueuse légende, qui n’aient concouru à les faire se replier sur eux-mêmes. C’est de Salomon que prétendent descendre les rois d’Ethiopie, par une transposition intéressée de la visite célèbre de la reine de Saba à Salomon. La souveraine énigmatique de l’Ecriture devient la reine d’Ethiopie, Makeda, qui, attirée par la réputation de sagesse de Salomon et de splendeur de son royaume, l’alla voir et partagea sa couche. De cette union d’une nuit, serait né un fils, Ménélik, qui, devenu jeune homme, ira à son tour rendre visite au père lointain. Ainsi reliés à la lignée de David, rois de droit divin, les souverains d’Ethiopie se trouvent parés d’un prestige qui accroît leur pouvoir.

Au reste, la seule réalité historique, qui est la conversion au christianisme du royaume païen d’Aksoum (ancienne capitale d’Ethiopie) par les soins de Saint Frumence, renforce les Abyssins dans le sentiment que leur pays est une terre d’élection. Le fait encore que, dépendant du patriarcat d’Alexandrie, l’Eglise abyssine se trouva entraînée, pour ne plus jamais s’en dégager, dans l’hérésie monophysite, l’écarté de la respiration universelle de l’Eglise catholique. Son chef religieux, l’Abouna, pour être un Egyptien nommé par le patriarche d’Alexandrie, n’en est pas moins une sorte de pape au petit pied. L’acharnement classique de l’hérétique à /40/ persévérer dans son hérésie, roidit la réaction de défense du pays contre tout ce qui vient de l’extérieur. La lutte séculaire, et d’ailleurs glorieuse, de l’Ethiopie contre les Musulmans, l’auréole du titre de champion de la chrétienté en Afrique.

Ainsi, par sa légende, par son histoire, par sa religion, l’Ethiopien se trouve-t-il porté à trouver en lui-même toutes ses complaisances et à opposer à l’étranger de rudes barrières. Aussi bien, jusqu’en 1838, où débouchent les frères d’Abbadie, les incursions européennes sont-elles rares et brèves; en 1487, la légende, déjà quatre fois séculaire d’un prêtre Jean, régnant sur quelque contrée chrétienne de l’Orient, recoupa des renseignements d’explorateurs qui excitèrent l’imagination de Jean II de Portugal, au point de le faire rêver d’une alliance. Une expédition portugaise, parvenue sur la côte, détacha vers l’intérieur Pedro de Covilham qui réussit bien à pénétrer en Ethiopie mais ne fut pas autorisé à en repartir. En 1520, une ambassade en forme, avec Francisco Alvarez comme chapelain, y est envoyée, qui met six années à obtenir son retour en Portugal. Encore une expédition portugaise, celle-là militaire, en 1541, avec Christophe de Gama et quatre cents hommes. En 1557, sur la proposition d’Ignace de Loyola, le Pape décide l’envoi d’une mission — la première mission catholique — composée d’un patriarche latin, et de deux évêques, appelés éventuellement à lui succéder, de quelques religieux enfin, tous jésuites. La mission s’éteint sur place.

Quelques tentatives isolées suivent et c’est, en 1603, la seconde mission jésuite avec Paez, fort réussie, puis une troisième, jésuite aussi, avec Mendez, dont l’intransigeance et les maladresses ruinèrent les heureux résultats obtenus par ses prédécesseurs. Le Négus, qui s’était converti, apostasia. La Propagande décide alors de re- /41/ noncer aux jésuites espagnols; sur les six capucins qu’elle envoie, quatre, dont les Pères français Agathange de Vendôme, et Cassien de Nantes, plus tard béatifiés par Pie X, sont pendus par les indigènes; les deux survivants s’en retournent; une nouvelle mission, en 1648, de trois capucins connaît sort analogue: ils furent décapités sur les ordres du pacha de Massaouah, alerté par le Négus.

Telles furent les lointaines prémisses de l’apostolat des Frères Mineurs capucins. Le sang de sept martyrs fécondait le seuil de l’irréductible Ethiopie. Deux siècles seulement plus tard, Mgr Massaïa devait débarquer à Massaouah sous le signe franciscain. Entre temps, plus de missions. Une tentative française d’ambassade, sous Louis XIV, qui n’aboutit pas; l’exploration de l’Anglais Bruce... Ce fut tout. Les efforts de Rome pour ramener dans son sein l’Ethiopie copte avaient apparemment connu un échec irrémédiable. Sauf quelques périodes, l’histoire même de l’Ethiopie, enfumée par la légende, voilée par des siècles d’isolement total, bascule dans un gouffre d’ombre.

C’est assez dire l’audace des frères d’Abbadie. Armés seulement des informations qu’explorateurs et missionnaires ont pu donner, ils s’enfoncent dans ces terres hostiles. Le danger qu’ils affrontent s’aggrave de la présence du P. Sapeto. Celui-ci a, bien entendu, revêtu des habits civils, mais il entend faire œuvre d’apôtre et son vrai but apparaîtra immanquablement. Mais les d’Abbadie sont taillés de pied en cap pour l’aventure héroïque. « Lorsqu’on doit réussir, écrit Arnauld, tout, jusqu’à l’imprudence, semble y concourir. » Arnauld est beau comme la jeunesse, avec un regard profond qui éclaire tout le visage au vaste front, au nez busqué; il est à la fois maître de lui et follement courageux. Une personnalité très accusée, qui en impose et séduit à la /42/ fois. Dans l’expédition, il est en flèche. Certes, Antoine ne lui cède pas en valeur intellectuelle et morale, en allant, en énergie. Mais plus sensible aux suggestions de la prudence, il est, de plus, un scientifique; il entend entourer du maximum de sécurité ses recherches et ses travaux. Leurs destins, fraternellement associés, bifurquent quant à leurs objectifs respectifs. Antoine, c’est le géographe, le géodésien que ses travaux si remarquables introduiront plus tard à l’Académie des Sciences. Arnauld sera surtout l’ethnologue, mais un ethnologue d’une espèce unique.

Pour connaître les mœurs et coutumes des Abyssins, il s’incorpore à eux. Son prestige physique, intellectuel, moral — chose à quoi les Abyssins sont infiniment sensibles — lui a valu, ainsi qu’à ses deux compagnons, d’être d’emblée bien accueilli. Il prend le nom de Mikaël; il revêt la toge abyssine. Dans une Ethiopie où le pouvoir central s’est pratiquement évanoui, où le régime féodal a atteint sa pire expression, où ras, gouverneurs, autorités civiles à tous les échelons se heurtent en discussions sanglantes, il s’assure des amitiés fidèles. Celle qui le lie au dedjaz Guoscho est, par la loyauté, le dévouement, la qualité, d’une noblesse antique. Il combat à ses côtés, et avec quelle bravoure qui lui gagne davantage encore le cœur des Abyssins, fins connaisseurs en hauts faits d’armes! Ils le tiennent pour un des leurs, et des plus grands; les uns l’aiment, les autres le respectent ou le craignent, sans cesser de l’admirer. Il participe, comme un Abyssin, et en profondeur, à la vie du pays; il est au plein sens du mot un des acteurs de ce moment de l’histoire abyssine, sans cesser de s’affirmer comme chrétien de l’Eglise romaine et comme Français. Le ras Mikaël — car le titre de ras lui a été donné — s’inscrit à jamais dans les fastes d’Ethiopie.

Quand, à la fin de 1848, sur un message de sa mère lui /43/ exprimant le désir de le revoir avant de mourir, il quitta, avec Antoine, le pays, ce fut dans l’universelle désolation, et lui-même en avait le cœur brisé. Il y reviendra en 1853, notamment pour porter au dedjaz Guoscho les présents et messages dont l’a chargé le Prince Président, mais il ne retrouvera son ami, le 15 juin 1853, que mort, sur un champ de bataille. Un soldat de génie, Kassa, devenu un grand chef, l’avait vaincu, qui devait devenir, vingt mois après, ayant battu l’un après l’autre ses adversaires, empereur d’Ethiopie, sous le nom de Théodoros. Fidèle à Guoscho par delà la mort, Arnauld ne voulut pas que le ras Mikaël pût lui survivre. Il redevint Arnault d’Abbadie et partit pour ne plus revenir.

Cette étourdissante épopée, non plus que les résultats scientifiques obtenus par les deux frères, n’appartiennent à mon propos. Mais il convient d’en retenir que, de leurs efforts conjoints, la France et les missions catholiques ont bénéficié, dans une mesure que l’on ne saurait surestimer. Après une première impression défavorable, Arnauld avait pu écrire: « S’il était en Ethiopie des hommes méchants, de mauvaise foi, de violences et de rapine, il était aussi des hommes de haute vertu et qui, partout où ils auraient pu se trouver, auraient fait honneur au genre humain... J’en ai rencontré dans les camps et dans les villes, mais nulle part je n’ai trouvé une élévation d’idées, une hauteur de jugement, une mansuétude d’esprit, un libéralisme de religion plus grand que chez les moines solitaires. »

Le jugement qu’il portait à la suite d’une visite à l’un des moines de Sar Midir, est comme un raccourci de la contradiction interne qu’offrait l’Ethiopie. Une civilisation disparate, mais de vénérable antiquité et qui s’élève parfois, en certaines de ses élites, aux sommets de l’esprit pur, côtoie certaines mœurs barbares ou /44/ arriérées à l’extrême, à la façon dont une partie du globe terrestre émerge à la lumière, tandis que l’autre demeure dans la nuit. Telle quelle, cette civilisation, de souche chrétienne authentique, encore que mâtinée de pratiques juives et musulmanes, apparaissait à Arnauld comme éminemment propre à constituer dans l’Est africain, en bordure de l’Asie, un bastion avancé de la civilisation occidentale. Il souhaitait ardemment une alliance de l’Ethiopie avec la France, mais, surtout, il ne perdait pas de vue, non plus que son frère Antoine, l’idéal immédiat qui, plus profondément agissant que l’amour de l’aventure et que les découvertes scientifiques, les avait jetés tous deux en Ethiopie: la restauration, cette fois durable, d’une mission catholique.

Leur compagnon des premiers jours, le P. Sapeto, en fut vraiment l’efficace apôtre. Grâce à l’autorité et au savoir-faire des frères d’Abbadie, à l’amitié que leur voua le puissant dedjadz Oubié, le Père put, sans cacher sa qualité de prêtre catholique, s’établir dans la province abyssine du Tigré, par où il pouvait communiquer avec l’Europe, via Massaouah. Avant tout apostolat auprès des schismatiques, il se mit à étudier les langues éthiopiennes, la populaire ou amharique, la sacrée ou guez. Alertée, la congrégation des Lazaristes, dont il faisait partie, entrait en négociations avec la Propagande et celle-ci décidait la fondation de la Mission Lazariste, destinée à évangéliser principalement les schismatiques en Haute-Ethiopie. L’initiative de cette décision revenait à Antoine d’Abbadie, dont les informations et le pressant conseil, au cours d’un voyage à Rome, avaient convaincu le Cardinal Préfet de la Propagande. Dès 1839, donc un an après l’arrivée des deux frères en Ethiopie, les Lazaristes Justin de Jacobis et Montuori rejoignaient Sapeto. Celui-ci cessait d’être un franc-tireur; la Mission Lazariste était fondée.

/45/ Cependant, les prospections scientifiques d’Antoine l’ayant amené au sud de l’Abyssinie, il avait pris contact avec plusieurs tribus du peuple Galla, celui-ci non schismatique, mais païen. Déjà, dans une lettre du 19 octobre 1843 à son ami, M. de Montalembert, il avait attiré sur ce peuple l’attention. Le 9 mars 1845, il écrivait de Quarata en Abyssinie, au Cardinal Préfet de la Propagande, le message décisif. L’essentiel en est que, bien plus que les Abyssins schismatiques, défiants à l’égard des étrangers, encadrés par un clergé sourcilleux, jaloux de son influence, attaché à ses bénéfices, acharné aux erreurs qui déterminèrent l’hérésie copte, les Gallas sont perméables à l’apostolat catholique: « Les Gallas, écrivait Antoine d’Abbadie, donnent toute liberté aux étrangers, les recherchent et les accueillent bien. Ce qui porte obstacle au succès de la Mission en Abyssinie, c’est la dépendance du prêtre indigène qui relève des deftera (chantres d’église) dont il reçoit des gages; c’est l’habitude de discuter à tout propos des subtiles questions théologiques, au-dessus de la portée du peuple; c’est l’existence immémoriale d’usages et de préjugés; c’est enfin le soin d’apprendre et d’approfondir une langue sacrée sans laquelle on ne peut ni discuter, ni convertir. Chez les Gallas, au contraire, on ignore les controverses religieuses; l’institution des deftera est inconnue et il n’existe pas de langue sacrée. Par ailleurs, les Gallas ont plus d’habileté, de persévérance et d’avenir. »

Pour lui, dans la macédoine de races qui constitue l’Abyssinie, le Galla occupe le second rang, immédiatement après le pur Ethiopien. Il le voit particulièrement menacé par la propagande musulmane, et s’en émeut. Il jette le cri d’alarme du grand chrétien. Sa lettre à Montalembert le montre, en toute région qu’il traverse — Goudrou, Djimma, Ennerea, Ghera, Motcha — soucieux /46/ avant tout de savoir si elle contient des chrétiens, pressé de prendre contact avec eux, de connaître leurs besoins spirituels, leurs aspirations. Il constate le grand nombre de chrétientés qui sont sans prêtres et s’en affligent: « Ces infortunés n’ont pas un seul ministre de Dieu, s’écrie-t-il, ils mènent tous leurs enfants et leurs troupeaux autour de leurs églises et crient à tue-tête: « Nous t’invoquons, ô Marie! ». Il signale particulièrement le cas du royaume de Kaffa, au sud-ouest de l’Ethiopie « royaume tout entier chrétien, dit-il ». Ce pays sera, de fait, l’objectif de choix des vicaires apostoliques qui viendront et, notamment, du futur Mgr Jarosseau, une sorte de Terre promise, toujours offerte et toujours dérobée. Antoine sembla le prévoir, dans une intuition prophétique: « Oh! Combien serait belle la position d’une Mission dans le Kaffa! » Admirable hantise! Ce savant a l’avidité spirituelle et le sûr instinct du missionnaire: « En partant pour ce pays, dit-il nettement, j’avais moins à faire pour la science que pour le succès d’une mission à venir, dont je croyais déjà préparer les voies. »

Comment résister à un tel homme en qui la précision et l’objectivité s’unissent à une telle ardeur apostolique? La Propagande, qui avait répondu à son premier appel, en instituant la Mission Lazariste d’Ethiopie, ne répondit pas moins volontiers, ni moins vite, au second. Le 26 avril 1846, le Saint-Siège décrétait l’érection d’un vicariat apostolique pour les pays gallas. Le premier titulaire en fut un capucin, Laurent Massaïa, né à Piova, en Italie, en religion le P. Guillaume. Préconisé évêque de Cassia, in partibus, il prend donc la tête de la Mission confiée à son Ordre.

Ainsi, aux origines de la Mission Capucine, comme de la Mission Lazariste, se trouvent les deux pionniers de génie, en qui s’incarnent les plus hautes vertus de /47/ leur terroir. Plus qu’Arnauld, absorbé par sa Geste, aux allures de légende, aux côtés du ras Guoscho, Antoine, par son esprit positif, proche des contingences et du réel, a été l’initiateur effectif de ces fondations mémorables. Mais le même idéal les animait tous deux et une ferveur égale. L’apport propre d’Arnauld, c’est d’avoir fait vivre parmi les Abyssins, puis de leur avoir légué, en sa personne, une image impérissable de la France chrétienne. Beaucoup de choses se feront qui ne se fussent jamais faites si le ras Mikaël n’avait pas été.